Préverenges
Origine du nom de Préverenges
Le nom du village viendrait du patronyme burgonde Berwer ou Perwer, celui du propriétaire des terres au moment de la colonisation burgonde de la région, aux alentours du Ve siècle. Le suffixe « -enges », qu'on retrouve dans de nombreux toponymes de cette partie de la Suisse romande, traduit le germanique « -ing » et signifie à peu près « chez les gens de » ou « chez les descendants de ». Préverenges désignerait donc, littéralement, le lieu où vivaient les gens de Berwer. Sur la date de la toute première mention écrite du nom, les sources consultées ne s'accordent pas complètement, et il vaut mieux le signaler que de trancher arbitrairement. Certaines la situent en 1155, à travers une bulle du pape Adrien IV confirmant les possessions de l'abbaye cistercienne de Molesme, en Bourgogne, parmi lesquelles l'église de Préverenges. D'autres avancent la forme latinisée Preverengia en 1177, puis Preverenges en 1224 ou 1228 selon les cas. Ces écarts tiennent sans doute à des documents différents (la bulle papale d'un côté, des actes plus tardifs de l'autre), mais faute d'avoir pu consulter l'ensemble de ces pièces d'archives, les deux repères sont donnés ici plutôt qu'un seul. Les habitants se nomment les Préverengeois et les Préverengeoises. Le village a aussi porté longtemps, dans le patois local, le surnom de « Defrayguenies », qu'on peut traduire à peu près par « les déguenillés » : un sobriquet qui remonterait à une époque où les gens de cette partie de la région lausannoise passaient pour pauvres, sans qu'on connaisse une origine plus précise à ce dicton.
Fondation de Préverenges
Il n'existe pas, pour Préverenges, d'acte de fondation unique par un seul personnage ou une seule institution : le site était habité bien avant qu'un pouvoir seigneurial ou ecclésiastique ne s'y installe, comme le montrent les vestiges lacustres retrouvés au large du village (voir plus bas). Le Préverenges qu'on peut documenter par les archives prend forme progressivement au haut Moyen Âge, dans le prolongement de la colonisation burgonde puis de la mise en place du réseau seigneurial et religieux qui structure alors toute la rive du Léman. Au XIIe siècle, Turumbert de Baiz et son épouse Constance, un couple de petite noblesse installé au bord du lac, font don à l'abbaye cistercienne de Molesme de leurs terres situées entre le Bief et la Chamberonne, parmi lesquelles celles de Préverenges. C'est ce don, confirmé peu après par la bulle pontificale évoquée plus haut, qui fait entrer le village dans les textes. Sur le plan religieux, le Moyen Âge voit aussi Préverenges rattaché au prieuré de Saint-Sulpice, tandis que la seigneurie temporelle relève des sires de Colombier puis du chapitre de la cathédrale de Lausanne. Cette seigneurie est vendue en 1701 à Berne, qui administrait déjà tout le Pays de Vaud depuis sa conquête de 1536 ; dès cette vente, Préverenges dépend directement du bailliage de Morges. Comme beaucoup de villages riverains du Léman entre Lausanne et Morges, Préverenges est donc moins né d'un geste fondateur ponctuel que de la superposition, sur plusieurs siècles, de droits fonciers, religieux puis étatiques sur un site occupé depuis bien avant l'arrivée de ces institutions.
Histoire de Préverenges
3400-2400 av. J.-C.. Un site est occupé au bord du lac, à l'emplacement aujourd'hui appelé Préverenges II, à l'ouest du village actuel. Il est daté du Néolithique final d'après le matériel lithique retrouvé au fond du lac.
1800-1550 av. J.-C.. Un village lacustre s'installe un peu plus à l'est, sur le site aujourd'hui appelé Préverenges I. L'analyse dendrochronologique de plusieurs centaines de pilotis prélevés y distingue deux phases d'habitat successives : la première avec une quinzaine de maisons alignées perpendiculairement au rivage, la seconde, plus tardive et plus réduite, avec cinq cabanes seulement.
IIe siècle. Des objets d'époque gallo-romaine, ainsi que du mobilier médiéval plus tardif, sont retrouvés mêlés aux vestiges du village lacustre, signe d'une fréquentation du rivage bien après l'abandon du site préhistorique.
XIIe siècle. Turumbert de Baiz et son épouse Constance font don de leurs terres, dont celles de Préverenges, à l'abbaye cistercienne de Molesme.
1155. Une bulle du pape Adrien IV, confirmant les possessions de l'abbaye de Molesme, mentionne l'église de Préverenges. C'est, selon certaines sources, le tout premier document écrit citant le village ; d'autres situent plutôt cette première mention en 1177 (sous la forme Preverengia) ou dans les années 1220 (sous la forme Preverenges), voir la section sur l'origine du nom.
1238. L'évêque de Lausanne Guillaume d'Écublens et Aymon II de Faucigny signent à Préverenges un traité réglant le rachat de l'avouerie épiscopale lausannoise.
1420-1528. Le village est frappé à plusieurs reprises par des épidémies de peste.
1475. Les troupes bernoises, en guerre contre la Savoie, pillent la région à l'occasion de leur avancée sur le Pays de Vaud.
1481-1914. Une tuilerie est en activité à Préverenges pendant plus de quatre siècles.
1536. La conquête bernoise du Pays de Vaud place Préverenges sous administration bernoise ; la Réforme protestante s'y impose peu après.
1537. La paroisse, désormais protestante, est rattachée à celle de Morges.
1540. Préverenges est détachée de Morges pour former une nouvelle paroisse avec Bremblens, Denges, Échandens et Lonay.
1701. La seigneurie de Préverenges est vendue à Berne, qui l'administre dès lors directement depuis le bailliage de Morges.
1791-1792. Le temple est reconstruit dans un style baroque, sous la direction du maçon Pierre-François Recordon ; une annexe communale y est intégrée.
1798-1803. Comme le reste du Pays de Vaud, Préverenges passe par l'éphémère canton du Léman de la République helvétique avant de rejoindre, en 1803, le nouveau canton de Vaud et son district de Morges.
1807. Naissance à Préverenges, dans ce qui deviendra plus tard l'auberge À l'Enseigne de l'Étoile d'Or, de Louis-Henri Delarageaz, futur conseiller d'État et figure marquante de la révolution vaudoise de 1845.
1828. Une nouvelle route reliant Préverenges à Lonay est achevée, avec un pont sur le ruisseau qui sépare les deux localités.
1841. Un clocheton en molasse est ajouté au temple.
1855. La ligne de chemin de fer entre Renens et Morges, construite par la Compagnie de l'Ouest-Suisse, passe au bord du village ; une halte, la gare de Lonay-Préverenges, dessert la localité depuis le territoire voisin de Lonay.
1887. Une soixantaine de peupliers sont plantés le long de la plage.
1890. La Compagnie des chemins de fer Jura-Simplon, qui reprend l'exploitation de la ligne, demande aux communes de Lonay et de Préverenges une participation financière pour la construction d'un abri à la gare.
1917-1918. La commune rachète l'ancienne auberge À l'Enseigne de l'Étoile d'Or pour y installer son Conseil communal, qui s'y réunit dès l'année suivante.
1919. L'ancienne maison communale, qui abritait un four banal, est transformée en boulangerie.
1930-1963. Le temple connaît plusieurs campagnes de travaux : restauration en 1930, simplification de la façade en 1958, pose de nouveaux vitraux en 1960, nouvelle restauration en 1963.
1956. La paroisse de Préverenges est rattachée à celle de Morges.
1950-1980. Le village connaît une forte croissance et se couvre de nouveaux quartiers résidentiels (Taudaz, Pierraz-Mur, Mouettes, Planches, Trési), portant sa population de quelques centaines à plusieurs milliers d'habitants en une génération.
1969. Une paroisse réformée autonome est reconstituée à Préverenges.
1971. Une communauté catholique s'organise à son tour dans le village.
1991. La Maison Muret, grande demeure de maître construite à la fin du XVIIIe siècle, devient le siège de l'administration communale.
2001-2002. Construction de l'Île aux Oiseaux, un enrochement et un îlot artificiels au large de l'embouchure de la Venoge, destinés à accueillir les oiseaux migrateurs. Le projet, porté par le Cercle ornithologique de Lausanne, avait été imaginé dès 1984 et retenu officiellement par l'Office fédéral de l'environnement en 1997.
2011. Le site lacustre de Préverenges I, avec plusieurs dizaines d'autres stations palafittiques suisses, est inscrit par l'UNESCO sur la Liste du patrimoine mondial, au titre du bien en série « Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes ».
2015. Une plateforme de nidification est ajoutée à l'Île aux Oiseaux ; elle contribuera à en faire la plus importante colonie de sternes pierregarins et de mouettes rieuses du bassin lémanique.
2020-2022. La réserve naturelle de l'Île aux Oiseaux est réaménagée, et un centre pédagogique, la Maison de l'Île aux Oiseaux, y est inauguré en mars 2022.
2026. Lors des élections communales du 8 mars, Virgile Perret est élu syndic. Préverenges reste à ce jour une commune indépendante du district de Morges ; aucun projet de fusion n'a été identifié pour cette commune, contrairement à plusieurs autres communes vaudoises du pied du Jura.
Population de Préverenges
| 1764 | 121 |
| 1850 | 229 |
| 1860 | 243 |
| 1900 | 254 |
| 1950 | 486 |
| 1960 | 616 |
| 1970 | 1'837 |
| 2000 | 4'078 |
| 2020 | 5'242 |
| 2022 | 5'204 |
| 2023 | 5'215 |
Lieux historiques de Préverenges
Le temple (ancienne église Saint-Pierre). L'édifice religieux du village trouve son origine au Moyen Âge, à l'époque où l'église de Préverenges est citée dans les documents ecclésiastiques les plus anciens du lieu. Il est entièrement remanié en 1791-1792 dans un style qui reprend, avec un temple à clocheton axial, un pignon à ailerons et des ouvertures symétriques, les codes de l'architecture religieuse alors en vogue en pays vaudois. Le clocheton actuel, en molasse, date de 1841. L'édifice a ensuite connu plusieurs campagnes de restauration au XXe siècle, en 1930 puis 1963, avec une simplification de sa façade en 1958 et la pose de nouveaux vitraux en 1960.
La Maison Muret. Grande demeure de maître construite à la fin du XVIIIe siècle, en molasse, elle abrite depuis 1991 le siège de l'administration communale de Préverenges.
L'auberge À l'Enseigne de l'Étoile d'Or. Construite en 1797, cette ancienne auberge est le lieu de naissance, en 1807, de Louis-Henri Delarageaz, figure marquante de la vie politique vaudoise du XIXe siècle. Rachetée par la commune en 1917, elle accueille le Conseil communal depuis 1918.
L'ancienne maison communale et four banal, devenue boulangerie Deriaz. Ce bâtiment servait autrefois de maison communale et abritait un four banal, utilisé collectivement par les habitants du village. Il a été transformé en boulangerie en 1919.
La plage et le port. Le rivage aménagé de Préverenges, planté d'une soixantaine de peupliers dès 1887, est devenu au fil du XXe siècle l'un des lieux de baignade et de loisirs lacustres les plus fréquentés de la région morgienne, à mesure que le village passait du statut de bourgade rurale à celui de commune résidentielle et balnéaire.
L'Île aux Oiseaux. Cet îlot et cet enrochement artificiels, construits en 2001-2002 au large de l'embouchure de la Venoge, forment une réserve naturelle classée par le canton de Vaud, gérée par le Cercle ornithologique de Lausanne et fermée au public. Le site accueille chaque année des milliers d'oiseaux migrateurs, notamment des limicoles, ainsi qu'une importante colonie nicheuse de sternes pierregarins et de mouettes rieuses depuis l'ajout d'une plateforme de nidification en 2015. Un centre pédagogique, la Maison de l'Île aux Oiseaux, y a été inauguré en mars 2022.
Vestiges de Préverenges
Préverenges I, village lacustre de l'âge du Bronze ancien. Repérée en 1975 puis relevée en décembre 1977, cette station lacustre immergée au large du village a fait l'objet de fouilles approfondies menées par des équipes d'archéologie subaquatique. L'analyse dendrochronologique de plusieurs centaines de pilotis extraits du fond du lac permet de dater le site du Bronze ancien, autour de 1800-1550 avant J.-C., et d'y distinguer deux phases d'occupation : une première avec une quinzaine d'habitations de 10 à 15 mètres de long, orientées perpendiculairement au rivage, puis une phase plus tardive et plus modeste, avec seulement cinq cabanes. Céramique, outils et objets divers y ont été retrouvés, mêlés à quelques éléments plus tardifs (gallo-romains, médiévaux) témoignant d'une fréquentation ultérieure du rivage. C'est ce site, et lui seul parmi les vestiges de Préverenges, qui a été inscrit en 2011 sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes.
Préverenges II, site du Néolithique final. Situé à environ 430 mètres à l'ouest de Préverenges I, ce second site est daté du Néolithique final, entre 3400 et 2400 avant J.-C. environ, sur la base du matériel lithique retrouvé en surface du fond lacustre. Son emprise, délimitée par l'extension des pilotis retrouvés, est nettement plus vaste que celle de Préverenges I. À la différence de ce dernier, ce site néolithique n'est pas lui-même inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, même s'il est documenté comme site associé dans l'inventaire cantonal des stations lacustres vaudoises.
Sources
- Dictionnaire historique de la Suisse, article Préverenges
- Dictionnaire historique de la Suisse, article Louis-Henri Delarageaz
- Wikipédia (français), Préverenges
- Wikipédia (allemand), Préverenges
- Wikipédia (anglais), Préverenges
- Wikipédia (français), Île aux Oiseaux (Préverenges)
- Wikipédia (français), Ligne Lausanne-Genève
- État de Vaud, inventaire des sites préhistoriques littoraux du canton de Vaud (patrimoine mondial UNESCO)
- Association pour la sauvegarde du patrimoine subaquatique lémanique, fiche Préverenges I
- citypopulation.de, données démographiques de Préverenges
- Localcities, fiche commune de Préverenges
- La Côte, article sur les élections communales 2026 à Préverenges
- Site officiel de la commune de Préverenges
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