Veytaux
Origine du nom de Veytaux
Le nom de Veytaux est attesté pour la première fois en 1332 sous la forme « Veytour », dans les archives liées au bourg fortifié de Chillon. L'étymologie exacte reste incertaine : la commune elle-même évoque, à titre d'explication populaire non confirmée par une source scientifique croisée, un possible lien avec « vieille tour » (à recouper). Les habitants étaient traditionnellement surnommés en patois les « Revertchaux » (ou « Revertsé »), un sobriquet que la commune rattache au fait que le soleil arrive tardivement sur ce versant ombragé de la vallée ; cette explication provient d'une source unique et mériterait d'être recoupée avec des travaux de toponymie vaudoise.
Fondation de Veytaux
Veytaux n'a pas de fondateur ni d'acte de fondation identifiable : le village s'est développé progressivement comme communauté rurale et viticole dépendante de la seigneurie de Chillon, possession des comtes de Savoie dès le XIIe siècle (première mention écrite du château en 1150). Un bourg fortifié s'était développé au pied du château dès le Moyen Âge (environ 66 maisons le long d'une rue principale en 1332), mais ce bourg de Chillon a été décimé par la peste de 1348-1349 puis progressivement abandonné, pour disparaître au début du XVIe siècle. Le village de Veytaux, distinct du bourg, a hérité de ce peuplement local. Les archives communales de Veytaux sont conservées depuis 1340. Au XVIe siècle, le statut administratif était encore partagé sous la forme « commune de Chillon et commune de Veytaux » ; Veytaux devient une commune autonome à part entière en 1693.
Histoire de Veytaux
Âge du Bronze. Des traces d'occupation datant de l'âge du Bronze ont été mises au jour sur le rocher qui porte aujourd'hui le Château de Chillon, attestant une présence humaine très ancienne sur le site, bien avant toute mention du village.
1150. Première mention écrite du Château de Chillon, alors propriété des comtes de Savoie, qui contrôlent depuis ce point stratégique le passage le long du lac Léman sur la route menant au col du Grand-Saint-Bernard.
1268-1285. Sous le comte Pierre II de Savoie, le château est transformé en résidence comtale ; des salles gothiques voûtées y sont aménagées.
1317. Girard II d'Oron cède ses droits de vidomnat (justice locale) au comte de Savoie, renforçant l'emprise savoyarde sur Chillon et sa région.
1332. Première mention écrite de Veytaux, sous la forme « Veytour ». Le bourg fortifié de Chillon compte alors environ 66 maisons regroupées le long d'une rue principale, à l'intérieur de son enceinte.
1340. Début de la conservation continue des archives communales de Veytaux.
1348-1349. La grande peste noire frappe durement le bourg de Chillon, qui en sort très affaibli.
début XVIe siècle. Le bourg de Chillon, déjà décliné après la peste, finit par être abandonné et disparaît en tant qu'agglomération distincte.
1536. Après un siège de trois semaines, les troupes bernoises s'emparent du Château de Chillon le 29 mars 1536 (le châtelain savoyard prend la fuite par bateau) ; c'est à cette occasion que le prisonnier François Bonivard est libéré. Le Pays de Vaud passe sous domination bernoise et Chillon devient le siège du bailliage de Vevey, dont Veytaux relève administrativement.
1693. Veytaux devient une commune autonome à part entière, distincte de l'ancienne « commune de Chillon ».
1733. Les baillis bernois quittent leur résidence de Chillon pour s'installer à Vevey ; le château sert dès lors surtout de dépôt d'armes, d'arsenal et de prison.
1798. Révolution vaudoise : le 10 janvier 1798, des patriotes de Vevey et Montreux prennent le contrôle du château sans combat, précédant de deux semaines la proclamation de l'indépendance vaudoise. Le recensement de la même année dénombre 178 habitants à Veytaux.
1803. Sous l'Acte de Médiation napoléonien, le Château de Chillon devient officiellement propriété du canton de Vaud, nouvellement constitué.
1816. Le poète Lord Byron visite le château et s'inspire de l'histoire de François Bonivard pour écrire son poème « Le Prisonnier de Chillon », qui rendra le site célèbre dans toute l'Europe.
1856-1870. L'écrivain et homme politique français exilé Edgar Quinet séjourne à Veytaux avec son épouse Hermione, en attendant la chute du Second Empire ; l'historien Jules Michelet séjourne également à l'Hôtel Masson du village.
1861. Une gare est établie à Veytaux.
1883. Mise en service du funiculaire Territet-Glion, premier maillon de ce qui deviendra la ligne vers les Rochers-de-Naye, dont le sommet se trouve sur le territoire de Veytaux.
1892. Ouverture du tronçon à crémaillère Glion-Rochers-de-Naye.
1909. Ouverture du tronçon Montreux-Glion, complétant la ligne de chemin de fer Montreux-Glion-Rochers-de-Naye.
1936. Aménagement d'un domaine skiable sur les hauts de Naye, sur le territoire communal de Veytaux.
1938. Électrification complète de la ligne de chemin de fer Montreux-Glion-Rochers-de-Naye.
1958-1959. Construction de l'église protestante actuelle de Veytaux, dotée de vitraux de l'artiste Bernard Viglino.
16 avril 1961. Les citoyens des Planches, du Châtelard et de Veytaux, alors trois communes distinctes formant une même paroisse, votent sur un projet de fusion en vue de créer une grande commune de Montreux. Les Planches et Le Châtelard acceptent le projet, mais Veytaux le refuse et choisit de conserver son indépendance communale. Le détail chiffré du scrutin à Veytaux n'a pas été retrouvé dans les sources consultées et resterait à recouper dans les archives communales ou cantonales.
1962. Entrée en vigueur de la fusion entre Les Planches et Le Châtelard, donnant naissance à la nouvelle commune de Montreux. Veytaux, restée à l'écart du projet, conserve depuis lors son statut de commune indépendante, voisine immédiate de Montreux.
1966-1969. Construction du viaduc autoroutier de Chillon (autoroute A9), qui surplombe le château ; l'ouvrage est aujourd'hui lui aussi recensé comme bien culturel suisse d'importance nationale.
1970. Mise en service de l'usine hydroélectrique souterraine d'accumulation par pompage Hongrin-Léman, dont les installations touchent le territoire de Veytaux.
2006. À la suite de la dissolution du district de Vevey (31 août 2006), Veytaux intègre le nouveau district de la Riviera-Pays-d'Enhaut.
années 2020 (date précise non confirmée). Une initiative populaire demande à la Municipalité de Veytaux d'approcher la Ville de Montreux pour étudier une éventuelle fusion ; cette démarche, distincte du refus de 1961, n'a pas abouti à ce jour à une fusion effective et Veytaux demeure une commune indépendante.
Population de Veytaux
| 1798 | 178 |
| 1850 | 175 |
| 1900 | 625 |
| 1910 | 950 |
| 1950 | 687 |
| 2000 | 851 |
| 2020 | 952 |
| 2022 | 975 |
| 2025 | 1'008 |
Lieux historiques de Veytaux
Château de Chillon. Situé sur un îlot rocheux au bord du lac Léman, sur le territoire de la commune de Veytaux mais propriété de l'État de Vaud depuis 1803, le Château de Chillon est l'un des monuments historiques les plus visités de Suisse. Occupé dès l'âge du Bronze, mentionné dès 1150 comme possession des comtes de Savoie, transformé en résidence comtale sous Pierre II de Savoie, conquis par Berne en 1536 puis pris par les patriotes vaudois en 1798, il est aujourd'hui classé bien culturel suisse d'importance nationale et géré par une fondation dédiée.
Église protestante de Veytaux. Construite en 1958-1959, cette église abrite des vitraux réalisés par l'artiste Bernard Viglino.
Fontaine à trois bassins. Datée de 1756, cette fontaine ancienne fait partie du patrimoine bâti traditionnel du village.
Maison vigneronne. Une maison vigneronne du village, reconstruite en 1721, témoigne de la vocation historiquement viticole de Veytaux, en lien avec les coteaux de la Riviera lémanique.
Viaduc autoroutier de Chillon. Construit entre 1966 et 1969 pour le tracé de l'autoroute A9, ce viaduc de béton surplombe directement le château qu'il domine visuellement ; il est lui-même recensé comme bien culturel suisse d'importance nationale.
Rochers-de-Naye. Le territoire communal de Veytaux s'étire en une longue bande depuis la rive du lac Léman (autour de 375-442 mètres d'altitude selon les sources) jusqu'au sommet des Rochers-de-Naye, à 2'041,9 mètres d'altitude, où se trouvent un jardin alpin et un point de vue panoramique sur le Léman, accessibles notamment par la ligne de chemin de fer à crémaillère ouverte en 1892.
Vestiges de Veytaux
Emplacement de l'ancien Bourg de Chillon. Un bourg fortifié s'était développé au pied du château dès le Moyen Âge, comptant environ 66 maisons le long d'une rue principale en 1332. Durement touché par la peste de 1348-1349, il a été progressivement abandonné et a disparu comme agglomération distincte au début du XVIe siècle. Il n'en subsiste aujourd'hui que peu de vestiges visibles en surface ; son emplacement exact et l'étendue des structures encore conservées sous le sol mériteraient d'être précisés par des données archéologiques complémentaires.
Traces d'occupation de l'âge du Bronze au Château de Chillon. Des recherches menées sur le rocher du château ont mis en évidence des traces d'occupation remontant à l'âge du Bronze, avant même les premières mentions écrites du site, ce qui atteste une fréquentation humaine très ancienne du promontoire sur lequel s'élève aujourd'hui le château.
Légendes de Veytaux
François Bonivard et « Le Prisonnier de Chillon ». François Bonivard (1493-1570), prieur de Saint-Victor à Genève, fut réellement emprisonné au Château de Chillon pour avoir soutenu l'indépendance de Genève face au duc de Savoie : deux ans dans des conditions relativement clémentes en raison de son rang, puis quatre ans dans le cachot inférieur, jusqu'à sa libération par les troupes bernoises en 1536. En 1816, le poète Lord Byron s'inspira de son histoire pour écrire « Le Prisonnier de Chillon », poème qui romance et amplifie fortement la réalité historique (chaînes, isolement total, usure de la pierre par les pas du prisonnier). Des fouilles menées au XIXe siècle dans le cachot n'ont notamment trouvé aucune trace archéologique confirmant les célèbres sillons que Bonivard affirmait avoir creusés dans la pierre à force d'y marcher. Cette légende littéraire, née du poème de Byron et non de la tradition orale locale, reste néanmoins solidement documentée quant à son origine et à l'écart entre le récit poétique et les faits historiques connus.
Sources
- Dictionnaire historique de la Suisse, article « Veytaux »
- Dictionnaire historique de la Suisse, article « Montreux »
- Wikipédia FR, « Veytaux »
- Wikipédia EN, « Veytaux »
- Site officiel de la commune de Veytaux, « Veytaux en quelques mots »
- Château de Chillon, site officiel, page « Château »
- SWI swissinfo.ch, « Sur les traces du véritable prisonnier de Chillon »
- Ville de Montreux, « Il y a 60 ans, les Montreusien-ne-s votaient sur la fusion des Planches et du Châtelard »
- Feuille des Avis Officiels du canton de Vaud, Alphabet des communes, « Veytaux »
- Feuille des Avis Officiels du canton de Vaud, Alphabet des communes, « Montreux »
- Geneawiki, « Suisse - Veytaux »
- Wikipédia FR, « Chemin de fer Montreux-Glion-Rochers de Naye »
- 24 heures, « Seule depuis 1961, Veytaux fait un pas vers Montreux »
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