Bière
Origine du nom de Bière
L'origine du nom de Bière n'est pas totalement stabilisée dans les sources consultées, qui donnent même deux dates différentes pour la première mention écrite du lieu : certaines la situent entre 1095 et 1108, sous la forme Bieria, d'autres la placent en 1177, sous la forme Beria. Aucune des sources trouvées ne tranche explicitement entre ces deux datations ; le point mériterait d'être vérifié directement sur un document d'archive plutôt que résolu ici par hypothèse. Sur le plan de l'étymologie, deux pistes sérieuses sont avancées, sans qu'on puisse dire laquelle l'emporte. La première fait dériver le nom d'un anthroponyme latin, Ber(r)ius, qui aurait désigné à l'origine un domaine appartenant à quelqu'un portant ce nom, un schéma de formation très courant pour les toponymes vaudois en -ière. La seconde y voit un mot d'ancien français, bière, qui désignait une plaine ou un terrain plat couvert de bruyère et de broussailles, sens qu'on retrouve ailleurs dans la toponymie régionale. Une légende locale propose une troisième explication, purement narrative celle-là : le nom viendrait de l'endroit où le corps d'un évêque de Lausanne, saint Protais, aurait été porté sur une bière, autrement dit une civière funéraire, lors de son transport. Saint Protais a bien existé comme évêque de Lausanne au haut Moyen Âge, mais le lien avec le toponyme relève clairement de l'étymologie populaire, construite après coup sur la ressemblance des mots plutôt que sur une origine attestée. Elle est traitée ici comme une légende, pas comme un fait établi, et développée plus loin dans la section consacrée aux légendes. Les habitants de Bière se nomment les Birolans et les Birolanes. On trouve aussi, plus rarement selon les sources, les variantes Birolens, Bierolens ou Birolands.
Fondation de Bière
Aucun personnage ni aucun acte fondateur ne marque les origines de Bière : le village a pris forme au fil du temps autour de domaines religieux, une trajectoire que partagent nombre de localités de cette partie du pied du Jura vaudois. Dès le XIIe siècle, le prieuré du Grand-Saint-Bernard, cet hospice alpin bien connu qui possédait des biens dispersés dans toute la région lémanique, et une Confrérie du Saint-Esprit, une association de laïcs à vocation charitable et religieuse fréquente à cette époque, détiennent d'importants domaines sur le territoire et en structurent peu à peu l'organisation. Le basculement décisif intervient après la conquête bernoise du Pays de Vaud en 1536 : les biens du prieuré sont sécularisés et se transforment en seigneurie dotée de sa propre justice locale. Cette seigneurie change ensuite plusieurs fois de mains au fil des siècles. Elle revient d'abord à Hans Steiger, avoyer de Berne, puis passe à un certain Fabrice Burmann, originaire de Hollande, avant d'échoir au XVIIIe siècle à des financiers genevois : Georges-Tobie Thellusson, puis un certain Jacques Necker. Sur ce dernier nom, la prudence s'impose : rien dans les sources consultées ne permet de confirmer avec certitude qu'il s'agit du même Jacques Necker resté célèbre comme ministre des finances de Louis XVI et père de Germaine de Staël. Le milieu bancaire genevois du XVIIIe siècle comptait plusieurs personnes portant ce patronyme, et cette identification resterait à vérifier avant d'être présentée comme acquise. Jusqu'en 1798, Bière dépend administrativement du bailliage bernois de Morges, avant de basculer dans l'organisation communale née de la Révolution vaudoise.
Histoire de Bière
Antiquité. Le territoire de la commune conserve des vestiges d'un camp fortifié romain ainsi que des sépultures datées du haut Moyen Âge, signe d'une occupation ancienne du site bien avant les premières mentions écrites de son nom. L'emplacement précis et l'ampleur de ces vestiges mériteraient d'être documentés plus finement.
1095-1108 ou 1177. Première mention écrite du lieu, sous la forme Bieria ou Beria selon la source consultée ; les deux datations circulent sans qu'aucune des sources trouvées ne les départage clairement.
XIIe siècle. Le village se développe autour des domaines du prieuré du Grand-Saint-Bernard et d'une Confrérie du Saint-Esprit, qui structurent alors la vie religieuse et économique locale.
Fin du Moyen Âge. Le chœur de l'église Saint-Benoît, qui deviendra plus tard le temple réformé du village, prend la forme qu'on lui connaît aujourd'hui, tout en conservant des éléments plus anciens remontant au XIIe siècle.
1536. La conquête bernoise du Pays de Vaud entraîne la sécularisation des biens du prieuré, qui deviennent une seigneurie dotée de sa propre justice locale, d'abord attribuée à Hans Steiger, avoyer de Berne.
XVIIIe siècle. La seigneurie change encore de mains : elle passe au Hollandais Fabrice Burmann, puis à des financiers genevois, Georges-Tobie Thellusson et un certain Jacques Necker, dont l'identification avec le futur ministre des finances de Louis XVI reste à confirmer.
1784. Construction de l'ancienne maison de ville du village.
1798. La Révolution vaudoise met fin à l'Ancien Régime bernois ; Bière, qui dépendait jusque-là du bailliage de Morges, passe sous une nouvelle organisation communale.
1802. Les archives du château sont détruites par les Bourla-Papey, ces bandes révolutionnaires vaudoises qui s'en prenaient aux titres féodaux et aux archives seigneuriales au tournant du XIXe siècle.
1822. L'armée fédérale organise sur le territoire de la commune son deuxième camp fédéral de tactique, marquant le début d'un usage militaire du site qui ne s'est jamais interrompu depuis.
1er février 1871. Des soldats de l'armée française du général Bourbaki, vaincue et repoussée à la frontière suisse lors de la guerre franco-prussienne, sont internés à Bière. Les sources consultées ne s'accordent pas sur l'ampleur exacte de cet épisode : l'une évoque environ 1440 soldats internés au total, une autre parle de près de 2000 hommes arrivés en quelques heures alors que le village ne comptait alors, selon elle, qu'environ 700 habitants. Ce dernier chiffre de population paraît d'ailleurs bas par rapport aux recensements officiels de l'époque, qui donnent une population communale plus élevée ; le point n'a pas pu être recoupé de façon satisfaisante. Plusieurs soldats meurent durant leur internement et sont inhumés sur place.
1842-1844. Construction du bâtiment de l'école, sur des plans de l'architecte Henri Perregaux.
1864. L'artillerie fédérale s'installe à son tour sur la place d'armes de Bière, en complément de l'infanterie déjà présente.
1868-1874. Construction des casernes de la place d'armes, sur des plans de l'architecte David Braillard.
1895. Bière est reliée à la ligne Lausanne-Genève par le chemin de fer Bière-Apples-Morges, ce qui désenclave durablement le village.
1929. Construction de l'église catholique du village.
1942-1943. Restauration du temple réformé, l'ancienne église Saint-Benoît.
1965. Installation d'un nouvel orgue, de la maison Kuhn, dans le temple.
31 août 2006. Le district d'Aubonne, dont dépendait Bière jusque-là, est dissous lors de la réforme territoriale vaudoise ; la commune intègre le nouveau district de Morges.
2003. Une source donne 1145 habitants pour cette année, un chiffre qui ne s'accorde pas bien avec la tendance de croissance observée juste avant (1353 habitants en 2000) et juste après (1621 habitants en 2020) dans les autres sources consultées. Ce chiffre isolé n'a pas pu être recoupé et est signalé ici sans être intégré à la série de population retenue.
Novembre 2021. Une cérémonie marque le cent cinquantième anniversaire de l'internement de l'armée Bourbaki, en hommage aux soldats français et aux habitants de Bière disparus durant cet épisode.
Aujourd'hui. Bière reste une commune indépendante du canton de Vaud, dans le district de Morges ; elle n'a fusionné avec aucune commune voisine. La place d'armes fédérale y accueille toujours des écoles de recrues d'infanterie et d'artillerie ainsi qu'un centre d'instruction de l'artillerie, ce qui continue de marquer fortement l'identité et l'économie locale du village.
Population de Bière
| 1764 | 632 |
| 1798 | 663 |
| 1850 | 1'181 |
| 1888 | 1'350 |
| 1900 | 1'269 |
| 1930 | 1'133 |
| 1950 | 1'181 |
| 2000 | 1'353 |
| 2020 | 1'621 |
| 2022 | 1'674 |
| 2024 | 1'688 |
Lieux historiques de Bière
Château de Bière. Construit vers 1700, le château perd assez vite son rôle résidentiel et seigneurial : il est transformé en ferme au début du XIXe siècle. Ses archives avaient déjà disparu en 1802, détruites par les Bourla-Papey pendant les troubles qui ont suivi la Révolution vaudoise.
Temple réformé (ancienne église Saint-Benoît). Le temple actuel occupe l'emplacement de l'ancienne église paroissiale Saint-Benoît, dont le chœur remonte à la fin du Moyen Âge tout en conservant des éléments plus anciens, du XIIe siècle. Restauré en 1942-1943, il abrite trois cloches datées de 1740, 1764 et 1772, ainsi qu'un orgue de la maison Kuhn installé en 1965.
Église catholique. Construite en 1929, elle témoigne de l'installation d'une communauté catholique dans un village jusque-là majoritairement réformé, en partie liée à la présence croissante de population venue d'ailleurs autour de la place d'armes.
Ancienne maison de ville. Bâtie vers 1784, elle a longtemps servi de siège aux autorités communales et reste un des bâtiments civils les plus anciens conservés dans le village.
Bâtiment de l'école. Construit entre 1842 et 1844 sur des plans de l'architecte Henri Perregaux, il illustre l'effort de construction scolaire mené dans de nombreuses communes vaudoises au milieu du XIXe siècle.
Place d'armes et casernes de Bière. Utilisée par l'armée fédérale depuis 1822, la place d'armes de Bière se structure au fil du XIXe siècle : l'artillerie s'y installe en 1864, puis des casernes y sont construites entre 1868 et 1874 sur des plans de l'architecte David Braillard. Aujourd'hui encore, le site accueille des écoles de recrues d'infanterie et d'artillerie ainsi qu'un centre d'instruction de l'artillerie, ce qui fait de Bière l'un des lieux les plus fortement associés à la présence militaire dans le canton de Vaud.
Gare de Bière. Terminus de la ligne Bière-Apples-Morges depuis 1895, la gare a longtemps assuré le désenclavement du village et reste un point de repère local, régulièrement mentionné dans la presse régionale à l'occasion de travaux de rénovation.
Vestiges de Bière
Camp fortifié romain et sépultures du haut Moyen Âge. Le territoire communal conserve des vestiges d'un camp fortifié d'époque romaine ainsi que des sépultures du haut Moyen Âge. Les sources consultées mentionnent leur existence sans en détailler la localisation précise ni les circonstances de découverte ; ce volet archéologique mériterait d'être approfondi auprès d'une source spécialisée en archéologie cantonale vaudoise.
Tombes des soldats de l'armée Bourbaki. Le village conserve la mémoire de l'internement de l'armée Bourbaki en 1871 à travers les tombes des soldats français morts durant leur séjour forcé sur place, une trentaine selon une des sources consultées. Une cérémonie a marqué le cent cinquantième anniversaire de cet épisode en novembre 2021, avec le dépôt d'une gerbe en hommage à la fois aux soldats et aux habitants de Bière emportés durant cette période.
Légendes de Bière
L'évêque porté en bière. Une légende locale, de nature purement narrative et non vérifiée historiquement, propose une explication au nom du village : celui-ci viendrait de l'endroit où le corps d'un évêque de Lausanne, saint Protais, aurait été transporté sur une bière, c'est-à-dire une civière funéraire. Saint Protais a réellement existé comme évêque de Lausanne au haut Moyen Âge, mais aucune source consultée ne confirme un lien historique réel entre son parcours et le territoire de Bière : il s'agit très vraisemblablement d'une étymologie populaire, construite après coup sur la ressemblance entre le nom du lieu et le mot bière, plutôt que d'un événement attesté.
Sources
- Dictionnaire historique de la Suisse, article Bière
- Wikipédia (français), Bière (Vaud)
- Wikipedia (anglais), Bière
- Site officiel de la commune de Bière
- Habitants.ch, gentilé de Bière
- Journal de Morges, hommage aux soldats de l'armée Bourbaki à Bière
- Suisse 1871, internement de l'armée Bourbaki à Bière
- Raiffeisen, données communales de Bière (population 2024)
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