Montricher
Origine du nom de Montricher
Montricher doit sa toute première trace écrite à l'année 1049, sous la forme latine Mons Richarius, à l'époque où un château est fondé sur la colline qui domine encore aujourd'hui le village. Plusieurs graphies se succèdent ensuite au fil des siècles : Monte Richerii en 1177, puis Montricher dès 1301, forme qui finit par s'imposer définitivement, et enfin Monrichie en 1412. Un ancien exonyme allemand, Rogersberg, a également circulé par le passé, sans qu'on sache précisément à quelle période il était réellement en usage ni jusqu'à quand. Le sens du nom se laisse deviner assez naturellement à partir de sa forme la plus ancienne : Mons Richarius signifie littéralement « le mont de Richier » (ou Richarius), un prénom d'origine germanique porté à l'époque, le même qui a donné son nom au village français de Saint-Riquier. Le toponyme désignait donc à l'origine la colline fortifiée d'un certain Richier, avant de s'étendre au bourg qui s'est développé à ses pieds. Les habitants de Montricher se nomment les Montélets, une variante Montellais étant également rencontrée.
Fondation de Montricher
Montricher naît, comme plusieurs bourgs du pied du Jura vaudois, autour d'un château. En 1049, Rodolphe, apparemment l'un des fils d'Adalbert II de Grandson, fait édifier une forteresse sur l'éminence qui surplombe le site actuel du village, avec l'idée de contrôler les voies de passage à travers le massif. C'est cette fondation castrale qui donne son nom au lieu, et très probablement aussi à la famille qui s'y établit ensuite : les seigneurs de Montricher, dont la lignée s'éteint en 1439. Un épisode rattaché à cette période, mentionné par une seule source consultée et qui mériterait donc d'être recoupé davantage, veut que la construction du château ait provoqué un différend avec les moines de l'abbaye de Romainmôtier, qui se seraient plaints directement au pape Léon IX d'un préjudice financier lié à cet édifice élevé sur des terres leur appartenant. Le bourg qui se développe au pied de la forteresse connaît un statut assez particulier pour la région : dès le XIIe siècle, le donjon devient un fief dépendant des seigneurs de La Sarraz, alors que l'agglomération elle-même demeure rattachée directement au pouvoir impérial. Cette situation évolue en 1293, quand le bourg passe sous l'autorité de la maison de Savoie, qui lui accorde des franchises dans les années qui suivent, entre 1293 et 1300 environ ; le château, de son côté, ne rejoint la mouvance savoyarde qu'en 1406, lorsque la seigneurie de La Sarraz elle-même est vendue à la Savoie. Une paroisse existe à Montricher depuis 1228, et des remparts entourant le bourg sont attestés dès le XIVe siècle.
Histoire de Montricher
vers 1350-1200 av. J.-C.. Occupation du site fortifié de Châtel d'Arruffens, un éperon barré situé à 1390 mètres d'altitude sur le territoire de Montricher, durant l'âge du Bronze moyen et récent.
IVe-Ve siècle apr. J.-C.. Une seconde occupation du même site de hauteur, cette fois à l'époque du Bas-Empire romain, entre le troisième quart du IVe siècle et le début du Ve siècle, y laisse un abondant mobilier.
1049. Première mention écrite du lieu, sous la forme Mons Richarius. Rodolphe, l'un des fils d'Adalbert II de Grandson, fait construire un château sur la colline qui domine le futur village.
XIIe siècle. Le donjon du château devient un fief dépendant des seigneurs de La Sarraz, tandis que le bourg qui se développe en contrebas reste rattaché directement au pouvoir impérial.
1177. Le lieu est mentionné sous la forme Monte Richerii.
1228. Une paroisse est établie à Montricher.
1293-1300 environ. Le bourg passe sous l'autorité de la maison de Savoie, qui lui accorde des franchises. Le château reste pour sa part dans la mouvance de La Sarraz.
1301. La forme Montricher, qui deviendra définitive, est attestée pour la première fois.
XIVe siècle. Des remparts entourant le bourg sont attestés ; l'agglomération fortifiée s'étend alors sur environ 180 mètres sur 130.
1406. La seigneurie de La Sarraz, et avec elle le château de Montricher, est vendue à la maison de Savoie, qui réunit ainsi sous une même autorité le bourg et la forteresse.
1412. Le nom du lieu apparaît sous la forme Monrichie.
1439. Extinction de la famille des seigneurs de Montricher. La seigneurie change ensuite plusieurs fois de mains au fil des successions et des ventes.
1536. La conquête bernoise du Pays de Vaud place Montricher sous l'administration du bailliage de Morges, tutelle qui durera jusqu'en 1798.
1584. La seigneurie de Montricher passe à la famille Willermin.
8 octobre 1615. Un incendie, provoqué par une chandelle allumée oubliée dans une cave du château, en détruit une partie importante.
1768. La seigneurie échoit à la famille Steiger, puis à la famille von Pöllnitz.
octobre 1770. Un violent incendie ravage une grande partie du bourg et endommage le château, faisant au moins un mort. Le village est reconstruit grâce à la solidarité de ses habitants, qui contribuent en biens et en travail ; l'essentiel des maisons paysannes et bourgeoises actuelles, dans un style typique du pied du Jura, date de cette reconstruction.
1779. Le baron von Pöllnitz vend la baronnie de Montricher à la famille Mayor, seigneurs de Lully.
24 janvier 1798. Avec l'indépendance vaudoise, le régime seigneurial prend fin : le dernier baron de Montricher, un Mayor de Lully, redevient un citoyen ordinaire comme les autres.
1798-1803. Montricher fait partie du canton du Léman, avant que le canton de Vaud, dans des limites proches des actuelles, ne rejoigne la Confédération.
1803. La commune élit son premier syndic et se dote d'une administration communale démocratique, avec assemblée générale puis conseil communal.
vers 1828. Le château, très abîmé par les incendies précédents, est démoli. Sur ce point précis, les sources consultées ne s'accordent pas totalement : certaines parlent d'une démolition, d'autres d'un nouvel incendie survenu à cette date ; il n'a pas été possible de trancher avec certitude entre les deux versions. Seule une tour du mur d'enceinte subsiste, intégrée par la suite au clocher de l'église.
1895-1896. La ligne de chemin de fer à voie métrique Bière-Apples-Morges (BAM) entre en service et dote notamment Montricher d'une gare, désenclavant le village.
2004. Vera Michalski-Hoffmann crée la Fondation Jan Michalski pour l'écriture et la littérature, en mémoire de son mari Jan Michalski, décédé en 2002.
31 août 2006. Le district de Cossonay, dont dépendait Montricher depuis 1798, est dissous. La commune rejoint le nouveau district de Morges.
2013. La Maison de l'écriture de la Fondation Jan Michalski est inaugurée à Montricher, après quatre ans de travaux, avec sa bibliothèque multilingue, son auditorium et sa salle d'exposition.
2017. La résidence d'écrivains de la fondation, composée de douze cabanes indépendantes, ouvre ses portes.
2018. Première édition du festival littéraire Bibliotopia, organisé chaque année par la fondation.
2025. Montricher compte 953 habitants et reste une commune indépendante du district de Morges ; rien n'indique qu'elle ait fusionné avec une commune voisine ou en ait absorbé une, ni que son statut administratif ait changé récemment, hormis le changement de district de 2006.
Population de Montricher
| 1798 | 364 |
| 1803 | 395 |
| 1850 | 695 |
| 1900 | 727 |
| 1950 | 619 |
| 1970 | 499 |
| 2000 | 696 |
| 2010 | 824 |
| 2018 | 949 |
| 2023 | 961 |
| 2025 | 953 |
Lieux historiques de Montricher
Église réformée de Montricher. L'église actuelle occupe l'emplacement de l'ancienne chapelle du château, dont elle a conservé certains éléments défensifs, comme des meurtrières visibles dans le mur qui faisait autrefois partie de l'enceinte fortifiée. Édifiée pour l'essentiel aux XIVe et XVe siècles, elle se distingue par un clocher rond surmonté d'un bulbe dit à l'impériale, daté du XVIIe siècle : c'est le seul clocher rond de tout le canton de Vaud, et son toit de bardeaux est également considéré comme unique en Suisse dans sa forme. Elle possède des vitraux réalisés en 1953 par François Ribas.
Site et vestiges du château. Le château fondé en 1049 par Rodolphe de Grandson a dominé le bourg pendant près de huit siècles, avant d'être détruit vers 1828 après avoir déjà beaucoup souffert des incendies de 1615 et 1770. Il n'en reste qu'une tour, incorporée au clocher de l'église actuelle ; l'emplacement du bourg fortifié médiéval, qui s'étendait sur environ 180 mètres sur 130, correspond aujourd'hui au cœur historique du village.
Le Mont Tendre. Point culminant de tout le Jura suisse avec ses 1679 mètres d'altitude, le Mont Tendre s'élève sur le territoire de la commune. Accessible à pied, il offre un panorama sur le Plateau, les Alpes et le massif du Mont-Blanc, et abrite un chalet d'alpage ouvert aux randonneurs.
La Fondation Jan Michalski et la Maison de l'écriture. Installée aux abords du village, la Fondation Jan Michalski pour l'écriture et la littérature a été créée en 2004 par Vera Michalski-Hoffmann, en mémoire de son mari Jan Michalski, disparu en 2002. Sa Maison de l'écriture, inaugurée en 2013 après quatre années de travaux et conçue par les architectes Vincent Mangeat et Pierre Wahlen, se reconnaît à sa centaine de colonnes de béton blanc. Elle abrite une bibliothèque multilingue de 80 000 volumes, un auditorium d'une centaine de places, une salle d'exposition et un café littéraire. Une résidence d'écrivains composée de douze cabanes indépendantes a ouvert en 2017, et la fondation organise depuis 2018 le festival littéraire Bibliotopia. Il s'agit d'une institution récente, sans lien direct avec l'histoire ancienne du village, mais elle constitue aujourd'hui l'un des principaux repères de Montricher, y compris pour des visiteurs venus de loin.
Le bourg reconstruit du XIXe siècle. Après l'incendie d'octobre 1770, qui a détruit une grande partie de l'agglomération, le village a été reconstruit par la solidarité de ses habitants. La majorité des maisons paysannes et bourgeoises que l'on peut voir aujourd'hui dans le centre du village datent de cette reconstruction, dans un style caractéristique de l'architecture rurale du pied du Jura vaudois.
La gare de Montricher. Le village est desservi depuis la fin du XIXe siècle par la ligne à voie métrique Bière-Apples-Morges (BAM), entrée en service en 1895-1896, qui reste aujourd'hui encore un axe de transport régional actif.
Vestiges de Montricher
L'éperon barré de Châtel d'Arruffens. Sur le territoire de la commune, à 1390 mètres d'altitude dans le Jura vaudois, se trouve un éperon rocheux protégé sur son côté accessible par d'imposantes levées de terre, vestiges d'un mur d'enceinte qui se développait sur près de 200 mètres de long. Le site a livré les traces de deux occupations bien distinctes dans le temps. La première, datée du milieu du XIVe au XIIIe siècle avant notre ère (âge du Bronze moyen et récent), a livré plusieurs milliers de fragments de céramique ainsi que quelques objets métalliques comme des épingles, des bracelets et des pointes de flèche. La seconde occupation, beaucoup plus tardive, remonte au Bas-Empire romain, entre le troisième quart du IVe siècle et le début du Ve siècle apr. J.-C. : elle a livré 243 monnaies, environ 400 fragments de céramique et de nombreux objets métalliques, qui témoignent d'un niveau de vie relativement élevé pour l'époque. Le site a été fouillé entre 1966 et 1973 par l'archéologue amateur régional Jean-Pierre Gadina, et il est devenu réserve naturelle en 1968.
La tour du château intégrée à l'église. Seul vestige debout du château médiéval démoli vers 1828, une tour du mur d'enceinte a été conservée et incorporée à l'église réformée, dont elle forme aujourd'hui le clocher rond caractéristique. Les meurtrières encore visibles dans certains murs proches rappellent la fonction défensive de cet ensemble avant sa transformation en édifice religieux.
Sources
- Dictionnaire historique de la Suisse, article Montricher (FR)
- Dictionnaire historique de la Suisse, article Montricher (DE)
- Feuille des Avis Officiels du canton de Vaud, Alphabet des communes vaudoises, Montricher
- Wikipédia FR, Montricher
- Wikipédia DE, Montricher VD
- Wikipédia EN, Montricher
- Wikipédia FR, Éperon barré de Châtel d'Arruffens
- Cahiers d'archéologie romande, L'éperon barré de Châtel d'Arruffens (Montricher, Vaud), fouilles Jean-Pierre Gadina 1966-1973
- Wikipédia FR, Famille de Grandson
- Wikipédia FR, Franz Mayor de Montricher
- Wikipédia FR, Fondation Jan Michalski
- Fondation Jan Michalski, site officiel
- Wikipédia FR, Ligne Bière - Apples - Morges
- Site officiel de la commune de Montricher
- Gemeinde-Commune-Comune.ch, données communales de Montricher
- Localcities.ch, données statistiques (OFS) de Montricher
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